Les femmes d’acier

By 
Juliet Staveley
 on 
Mar 11, 2019
Les femmes d’acier

Mon ami David Charrier m’a récemment posé cette question: Pourquoi n’y a-t-il pas plus de joueuses de handpan, selon toi?

Merci de m’avoir demandé, David. Merci d’avoir valorisé mon opinion et d’avoir accepté l’idée qu’une femme devait écrire sur les femmes. Quelles que soient les opinions, nous avons besoin de voix plus authentiques sur ce sujet. De plus en plus d’artistes brillantes et de fabricantes entrent dans l’univers du handpan, et pourtant, jusqu’à présent, il n’existait qu’un seul article sur le sujet (écrit par un homme). Ce dernier conclut que nous, « les filles » (pff…), avons un jeu moins percussif, jouons seulement pour nos proches ou dans le cadre de « sound healing ou autres soins » et ne sommes pas intéressées par la scène. Une chose que je pense pouvoir dire en toute confiance au nom de toutes les femmes, c’est que nous nous sentons mal à l’aise chaque fois que des allégations générales sont formulées à notre sujet, même si l’intention est bonne.

Il n’y a pas beaucoup de choses que je peux dire en toute confiance au nom de toutes les femmes. Et je ne voudrais pas le faire. Nous avons travaillé longuement et avec acharnement pour surmonter les stéréotypes. Nous nous battons toujours.

Dans cet esprit, en tant que joueuse de handpan, journaliste et femme qui envoie du lourd, je me suis lancée dans des recherches. J’ai eu l’honneur d’assister au tout premier rassemblement féminin de handpan l’an dernier (grâce à Sam Archer et son équipe). J’ai organisé moi-même début 2019 un mini-festival, Sisterfest, où j’ai accueilli pendant une semaine 14 merveilleuses joueuses de handpan chez moi, en Italie. Je suis allée à des festivals émouvants comme HONA et SingaDing, et à d’autres qui étaient beaucoup moins équilibrés. J’ai parlé avec des joueuses de handpan, des fabricantes, des artistes et des amies chères. J’ai eu une longue discussion avec Adam Foote (oui: un homme) qui a inspiré ce débat en posant la même question sur la page Facebook « Handpan Instruments ».

Voici un spoiler: il n’y a pas de réponse simple ou unique.

Selon les femmes elles-mêmes, les réponses allaient de « Cela ne me dérange pas, j’ai l’habitude de passer du temps avec les gars » et « Nous ne faisons pas partie de groupes qui parlent du handpan / nous n’avons pas tendance à crier aussi fort » à « Les femmes doivent être deux fois plus impressionnantes sur la scène musicale pour être prises au sérieux », « J’adorerais être en tête d’affiche mais on ne me l’a tout simplement jamais demandé », « Je n’ai reçu aucun retour suite à ma vidéo/mon post/la sortie de mon album », « J’ai plus de commentaires sur mon apparence que sur mon jeu, alors j’ai arrêté de publier », « Je manque de confiance en moi », « J’ai été battue par des ego masculins », « Je suis découragée/intimidée par les centaines de vidéos m’as-tu-vu de gars qui jouent super rapidement », « Je sais qu’il y a des femmes dans le monde du handpan, mais cela ressemble plus à une fraternité », « Au festival, il y avait un groupe d’hommes qui essayaient tous de se surpasser entre eux et cela me laissait un sentiment d’ostracisme », « Je n’ai pas les moyens de m’acheter un handpan à cause de l’écart salarial », « Les instruments sont conçus pour des bras plus longs », « Je ne peux pas me déplacer aux festivals parce que les housses de transport sont trop lourdes », « Notre communauté fait partie des grands problèmes de la société patriarcale ».

Il ne s’agit que d’un panel de réponses aussi vaste que l’univers: certaines positives, d’autres frustrantes et d’autres déchirantes.

Pour répondre équitablement et de manière exhaustive, nous aurions besoin des statistiques de chaque fabricant et organisateur de festival, et de trouver et demander l’avis de toutes les femmes… une tâche herculéenne. Même si j’avais la chance, le temps et les moyens de parler à toutes les joueuses de handpan, je peux pratiquement garantir qu’il y aurait mille réponses différentes et tout aussi valables. Pourquoi? Parce que nous sommes toutes différentes ainsi que nos expériences. Merci à Cerridwen* pour ça.

Aux quelques hommes des cavernes qui nous disent que nous sommes biologiquement conçues pour être femmes au foyer et non pour devenir de grandes musiciennes, permettez-moi de répéter: Nous, les femmes, sommes toutes différentes. Nous sommes jeunes, nous sommes vieilles ; nous sommes gays, nous sommes hétéros ; nous sommes timides, nous sommes sociables ; nous sommes douces, nous sommes effrontées ; nous manquons de confiance, nous sommes sans peur ; nous sommes satisfaites, nous sommes ambitieuses ; nous sommes chaotiques, nous sommes disciplinées ; nous sommes masculines, nous sommes féminines ; nous sommes débutantes, nous sommes professionnelles ; nous sommes percussives, nous sommes mélodiques ; nous sommes privées, nous sommes publiques. Nous sommes des batteuses, des pianistes, des enseignantes, des médecins, des artistes, des biologistes marines et des ingénieures. Nous sommes un million de nuances de tout et nos couleurs changent tout le temps. Choquant, je sais. Prenez un thé, calmez-vous et lisez un livre sur l’évolution.

Adam Foote est quelqu’un qui a cherché à approfondir sa compréhension. En tant que percussionniste, défenseur de longue date de l’égalité des droits et ancien travailleur social en santé mentale, Adam a été dérangé par le déséquilibre qu’il a constaté en ligne. Nous avons parlé via Skype cette semaine – il est doux, respectueux et ouvert d’esprit, comme la plupart des membres de notre communauté. « J’ai rejoint Facebook l’année dernière et suis tombé sur la vidéo d’une joueuse de handpan. Elle était très forte et je me demandais pourquoi il n’y en avait pas plus », m’a-t-il confié. « Je ne m’attendais vraiment pas à autant de réponses aussi passionnées à mes posts. C’était triste de voir certaines remarques sexistes et désinvoltes, mais dans l’ensemble, j’étais ravi que de nombreuses femmes, y compris celles avec lesquelles je n’avais jamais parlé, exprimaient leurs opinions divergentes. Je pense que, sans le vouloir, j’ai ouvert la boîte de Pandore ! »

Adam, qui vit dans la région rurale de l’Idaho, aux États-Unis, est très conscient du fait que son point de vue en ligne est différent de celui d’une personne vivant dans une grande ville ou de ceux qui se rendent dans de nombreux festivals. Il soulève cependant un point intéressant.

Il y a sans conteste moins de femmes qui postent sur les médias sociaux, mais Internet n’est pas le reflet du monde en général. C’est un média vital pour beaucoup d’entre nous, personnes éloignées, timides ou pauvres, mais c’est aussi un espace froid, où les gens intimident d’autres qu’ils ne connaissent pas sans avoir conscience de l’impact qu’ils ont. Les femmes choisissent-elles tout simplement de ne pas participer, poster ou même utiliser des ressources en ligne autant que les hommes? Le Hang a été inventé il y a vingt ans. Les temps changent-ils? Peut-être que la question initiale devrait être ainsi formulée:

Y a-t-il réellement moins de joueuses de handpan?

Même si nous ne connaîtrons jamais les chiffres complets, il semble que nous rattrapions notre retard. Environ la moitié des personnes inscrites sur MasterTheHandpan.com, ainsi que sur le groupe Facebook dédié aux élèves, sont des femmes. Il y a plus de femmes que d’hommes qui participent aux ateliers auxquels je suis allée récemment. Nico Bachus, fabricant de Owl Pan, me dit que les deux tiers de ses clients sont des femmes. (En effet, les derniers achats de handpan dont j’ai connaissance ont été effectués par des amies.) Lors du premier festival de handpan à Hawaï l’année dernière, environ 75 % des participants étaient des femmes. Je suis sûre que cela dépend des données démographiques, mais peut-être qu’il y a maintenant autant de femmes que d’hommes possédant un handpan dans le monde. Peut-être même – accrochez-vous bien – que les femmes dépassent les hommes.

Cependant, tout ce débat sur les chiffres et les causes, bien qu’il soit utile pour exposer certains des nombreux obstacles rencontrés par les femmes, passe plutôt à côté de l’essentiel. Nous, les femmes, avons d’autres chats à fouetter.

Honnêtement, est-ce important si nous sommes actuellement moins nombreuses ou plus nombreuses? Le vrai problème, à mon avis, n’est pas la quantité. Il n’est même pas question de qualité: nos expériences uniques, à la fois en ligne et hors ligne pose des problèmes et non des solutions. Le vrai problème, c’est la productivité: quelles mesures devraient être prises pour que le monde du handpan devienne un lieu positif pour chacun d’entre nous?

Ce qui compte, c’est de créer le bon environnement pour que toutes les femmes se joignent à nous et restent avec nous. Ce qui compte, c’est de créer des instruments plus adaptés à celles d’entre nous qui ont des bras plus courts ou de plus petites jambes, et de fabriquer des housses de transport (avec des sangles confortables, s’il vous plaît) pour celles qui ne peuvent pas porter facilement plus de 10 kg sur le dos. Ce qui compte, c’est que les artistes, fabricantes et professeures soient également promues. Ce qui compte, c’est que nous soyons incluses – des grands concerts aux petites jams. Ce qui compte, c’est ce que nous ressentons au sein de cette belle famille musicale passionnante, unique et en constante évolution. Ce qui compte, c’est que tous les changements soient accueillis chaleureusement, qu’il s’agisse des femmes, des personnes LGBTQIA+, des personnes de différentes cultures, des personnes âgées ou des personnes handicapées.

Cela ne signifie pas que nous voulons voir moins d’hommes. Nous voulons juste ne pas voir représentés les irréfléchis ou agressifs qui donnent une mauvaise réputation aux hommes (ou pire encore, à notre communauté). Et nous voulons que les bons nous écoutent. Je ne veux pas dire parler à trois femmes et penser que vous êtes un expert ; je veux dire nous écouter vraiment.

Voici un exemple. Admettons que les femmes soient moins présentes en ligne: notre premier réflexe ne devrait pas être de nous demander « Pourquoi? » ou « Que pouvons-nous faire pour que plus de femmes postent? », mais « Pourquoi est-ce considéré comme un problème qui doit être résolu? » D’après mon expérience d’écoute avec d’autres femmes, beaucoup d’entre nous se sentent parfaitement bien loin des projecteurs. Bien sûr, nous ne sommes pas toutes comme ça, mais nous ne ressentons pas de pression pour participer, enregistrer et devenir quelque chose que nous ne sommes pas dans le but d’égaler nos homologues masculins ou pour donner du divertisssement. Si nous nous satisfaisons de rester chez nous, d’apprendre et d’être inspirées en toute sérénité, passons à autre chose.

Cela dit, il y a une énorme différence entre ne pas vouloir se mettre en avant et se sentir intimidée par certains aux comportements sexistes ou peu constructifs. Ce n’est jamaisacceptable. Que pouvons-nous y faire? Dans un monde idéal, les administrateurs des pages de handpan et des forums doivent être beaucoup plus réactifs pour éliminer ceux qui intimident. Mais c’est à nous tous de soutenir les personnes qui sont rabaissées, celles qui se sentent « moins importantes » ou qui ne prennent pas la parole, n’ayant pas la confiance pour se défendre. C’est facile à repérer si cela vous tient à cœur. Nous devons tous lutter contre cet environnement toxique dominé par la testostérone et créer un espace accueillant où nous pouvons nous sentir en sécurité. Cela s’applique à tous les niveaux, peu importe votre sexe.

Aux femmes qui sont, malgré leur environnement, confiantes et motivées, qui postent régulièrement des vidéos et qui veulent enregistrer un album, qui sont des pionnières, des musiciennes professionnelles, professeures, fabricantes de handpans et d’accessoires: bravo ! Que pouvons-nous faire pour vous aider? Organisateurs de festivals, prenez note: vous pouvez assurer des chances égales aux femmes d’être en tête d’affiche, d’animer des ateliers/workshops et d’être brillantes. Les entreprises: sponsorisez-nous et soutenez-nous. Les fans de réseaux sociaux: lisez le paragraphe ci-dessus.

J’encourage tous les lecteurs de cet article, peu importe votre identité sexuelle, à ne pas nous mettre toutes dans le même panier, ou de vouloir trop anticiper nos points de vue.

Écoutez-nous individuellement. Abordez vos amies joueuses de handpan ou celle qui n’ose pas s’approcher lors d’un festival, et demandez-leur ce qu’elles ressentent. Mieux encore : demandez-vous pourquoi cette femme reste à l’écart sans être invitée à rejoindre votre jam. Peut-être qu’elle n’attend que ça depuis longtemps. Peut-être qu’elle dira non. Aucun problème. S’il vous plaît, ne soyez pas partie prenante d’un groupe au comportement délétère. Soyez toujours encourageant auprès des femmes qui souhaitent échanger sur le handpan et en jouer avec vous. Ça fait toujours plaisir d’être inclus.

C’est exactement ce qu’Adam a fait à travers ses posts sur Facebook: il a cherché à nous inclure comme il se doit. C’est aussi ce qu’a fait Colin Foulke quand il a créé un handpan plus petit et plus léger, et qu’il en a fait don lors du « Women’s Gathering ».

C’est exactement ce qu’a fait David en me demandant de réfléchir à ce sujet.

En écrivant un article au sujet des femmes, je savais que je trouverais plus de questions que de réponses. Et il devrait en être ainsi, sans quoi on s’en retourne au pouvoir destructeur des affirmations péremptoires. Mais ma préoccupation principale est de savoir si nous posons les bonnes questions. Je pense que non.

Ne serait-il pas plus productif de formuler des questions positives comme:

  • Qui est ta joueuse de handpan ou musicienne préférée?
  • As-tu écouté le dernier album de Lior Shoov / Liron Mayuhas / Lewa / Gillian O’Donovan / Marlia Tompazou?
  • Est-ce que tu vas participer au workshop de Kate Stone / Samantha Archer / Pam Marinelli?
  • As-tu testé ma housse super confortable faite main par Elena Miroshnik de NamanaBags?
  • Tu savais que Mikkai Kumo (Lidiya Zhukova-Igolnikova) écrit des compositions pour handpan et des ensembles classiques, donne des masterclasses et fait partie du groupe féminin de handpan Sunset Orchestra?
  • As-tu entendu la superbe chanson de Judith Lerner, « I’d always Known »?
  • As-tu vu la nouvelle vidéo de Imani White / Amy Naylor / Mia Lev / Mumi / Milly Hoddo / Laura Inserra / Eva Hassine / Archer & Tripp?
  • T’as eu l’occasion de jouer sur un handpan de Hannah Ariyana / Jenny Robinson / Emma (Mumi) Grassia / Esitxu (Esti) Mercury / Rebecca Dancyger / Delphine Billard au festival?

Quand nous célébrons vraiment la diversité des femmes, la voie à suivre ensuite est simple: respectez, écoutez et soutenez à chaque occasion qui se présente. Après tout, le handpan n’existerait même pas sans une certaine femme remarquable. Elle a autant contribué à la création du Hang que Felix Rohner. Elle a créé 50 % de notre univers.

Je vous laisse avec une dernière question (cette fois-ci, il y a une réponse): qui était la Première Femme d’Acier?

Nous devrions tous connaître la réponse. Pour ceux qui ne le savent pas, elle s’appelle Sabina Schärer. Si vous pouvez retenir son nom et être reconnaissant envers elle ainsi qu’envers toutes les femmes qui suivent le même chemin, c’est un bon début. Merci de votre écoute. Continuez dans cet esprit, s’il vous plaît…

* Cerridwen était la déesse celtique de la musique.

No items found.

Juliet Staveley

Half-Iranian and a sprinkling of other things, Juliet Staveley lives in a crumbly villa in Italy together with six rescue cats and one rescue husband. After 15 years as a journalist in London, she switched to Tuscan life, to freelance copywriting and to fiction. She has received a handful of accolades and ISBN numbers for her short stories, poems and haikus. Currently, Juliet is working on her first full-length novel (a family piece set in Esfahan) and screenplay (based on the true story of Volterra Psychiatric Hospital), as well as running writers’ workshops, editing manuscripts and translating Italian texts into English.
Founder of Master The Handpan

Juliet Staveley

Half-Iranian and a sprinkling of other things, Juliet Staveley lives in a crumbly villa in Italy together with six rescue cats and one rescue husband. After 15 years as a journalist in London, she switched to Tuscan life, to freelance copywriting and to fiction. She has received a handful of accolades and ISBN numbers for her short stories, poems and haikus. Currently, Juliet is working on her first full-length novel (a family piece set in Esfahan) and screenplay (based on the true story of Volterra Psychiatric Hospital), as well as running writers’ workshops, editing manuscripts and translating Italian texts into English.
Fondateur de Master The Handpan

You might also like...

All posts

Vous devriez aimer...

Tous les articles

Join the conversation

Joignez vous à la conversation